17 Janvier 2015, 21:46
Je pense sincèrement que si ce qui est arrivé , cet évènement tragique de Charlie, ne débouche pas sur une volonté profonde de réfléchir et nous interroger collectivement , alors c'est absolument , entièrement décourageant .
L'AG du collectif a prévue une telle réflexion . Je copie colle ci dessous un article à ce sujet pris sur le blog de Paul Jorion . Il est aussi sur le blog d'essai http://lafermegrandosardeche.u...ge-1/#comment-2




Les massacres des 7-9 janvier dernier ont suscité de très nombreuses réactions. Hélas les lectures que l’on a pu en faire mettent mal à l’aise. Entre unanimisme et manichéisme, il est rare de trouver l’expression d’une attitude intellectuellement pertinente. Pourtant il s’agissait là de traiter des sujets essentiels pour notre vie collective. Examinons quelques sujets abordés dans les débats.

Liberté :

La liberté est un des fondements de notre république. Elle est intangible, non négociable. Mais, elle n’autorise pas à faire n’importe quoi, auquel cas vivre ensemble devient impossible. « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789). Alors, même si nous en défendons le droit, est-il sensé, dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, de heurter les croyances intimes de millions de personnes au nom d’une salubre rigolade ?



Religions :

Les religions ont joué un rôle civilisationnel dans l’histoire de l’humanité, donnant aux humains une morale, des règles de vie, parfois de l’espérance. Mais, elles ont suscité le fanatisme, les massacres au nom de Dieu (de tous les dieux), les guerres de religions, l’inquisition, l’antisémitisme, le djihadisme, etc. Chacun doit pouvoir pratiquer le culte de son choix librement. Mais il est intolérable que des religions imposent leurs lois à ceux qui n’en veulent pas.

Djihadistes français :

Les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, Merah, Fofana, ont agi comme des barbares. Mais, il s’agit de citoyens français, nés dans notre pays, passés par l’école de la République. Peut-on se contenter de les considérer comme des « accidents de l’histoire » ? Ne devrions-nous pas essayer de tirer toutes les leçons de ce fait indiscutable : ils ont été produits par notre société.

Manifestation du 11 janvier :

Un magnifique réflexe a poussé des millions de personnes à défiler le 11 janvier. Mais, s’y sont montrés certains des pires ennemis de la liberté d’expression. La liste en est connue, inutile de la citer ; mentionnons quand même le représentant officiel de l’Arabie Saoudite, pays qui vient de condamner à mille coups de fouet et dix ans de prison un blogueur qui a eu l’audace de souhaiter seulement que soit adouci le poids de l’obscurantisme religieux dans son pays.

Politiques :

Les politiques de tous bords se sont précipités à la quasi-unanimité pour condamner ce qui venait de se passer et manifester leur solidarité avec un journal qui se moquait copieusement d’eux (à juste titre). Mais, ils n’ont rien fait de sérieux depuis des décennies pour éviter les misères économiques, sociales, culturelles voire existentielles, ou les traiter à la racine. Ne questionnons pas leur capacité à comprendre la complexité des problèmes ; constatons seulement qu’il est tellement plus facile et efficace de se faire élire sur des discours et des idées simplistes…

Ces rappels basiques sur quelques mots-clés permettent d’illustrer en quoi la réalité est tissée de contradictions. Cela s’appelle la complexité et conduit à ce qu’aucun point de vue réducteur ne saurait rendre compte de la situation.

Alors, suis-je ou ne suis-je pas « Charlie » ? Faux dilemme, tant il est vrai que ce qui précède révèle une profondeur de la question conduisant simultanément, indissociablement, à être ET ne pas être Charlie.

Dernière interrogation que l’on trouve de façon récurrente : et maintenant que faire ? Refuser le simplisme des différentes formes de prêt-à-penser. Les idées sont les seules armes dont nous disposons. Elles peuvent être des armes de construction massive. Discutons-les, affinons-les, diffusons-les, sans aucune certitude définitive mais opiniâtrement, encore et encore. Ainsi, peut-être, parviendrons-nous à obtenir un monde vivable. Pour une fois c’est vrai : « Il n’y a pas d’alternative ».